Il faudra bien que tout le monde comprenne un jour le double sens de ce constat étymologique.
Non seulement les ordinateurs créent de l’ordre,
mais les ordinateurs donnent des ordres.
Initialement conçus pour classer et ranger, ils commandent désormais.
Pas directement, mais tout simplement parce qu’ils sont devenus le passage obligé de chaque facette de nos vies. Bien sûr, nous décidons nous-mêmes d’appuyer sur telle ou telle touche du clavier, nous initions les tâches et créons les fichiers. Mais la trame de toutes ces activités est désormais sur l’unique format qui est celui de l’ordonnancement informatique le plus mondialement normé. Les variations d’interface (Mac ou PC ?) sont bien anecdotiques dans ce formatage planétaire.
Les ordinateurs excellent à ordonner nos petites têtes en lignes et colonnes dûment numérotées. Rien ne s’est donc vraiment arrangé depuis la vision mécaniste du XVIe siècle. On peut même dire que l’approche s’est durcie.
Au sens propre du terme.
Minéralisation de nos vie au détriment du vivant. La dimension minérale ou le parfait ordonnancement des atomes. Quand le vivant est dynamique chaotique permanente, élan de molécules instables et réactives, mues par de bien peu prévisibles intentions.
Brouillons de cultures qui sont autant de pochettes surprises dans l’histoire du vivant.
Mais voilà, les ordinateurs ont pris la main.
Logés, vissés, enchâssés, qu’ils y sont depuis 2007 en format smartphone.
A l’infini des uns et des zéros qui régentent nos existences. Des uns et des zéros qui pourtant, paradoxalement, nous ont soustrait à l’unité autant qu’à la vacuité.
Des uns qui morcellent et qui fractionnent.
Des zéros qui étouffent et qui envahissent.
Nous avons créé la lampe magique censée répondre à tous nos vœux.
Nous avons façonné, modelé, processeur par processeur, réduction de tête par réduction de tête, le petit génie malin qui allait libérer nos existences. Un bref frottement sur le pad, et hop, le voilà immédiatement à notre service.
Ordonne, tu seras exaucé !
Et nous croyons ordonner, en effet, tout puissants. Mais c’est d’abord à son ordre que nous devons nous plier. Dialectique du maître et de l’esclave du XXIe siècle…
Nous ordonnons donc, mais bien canalisés.
Des ordres sans désordre.
Le nouvel ordre mondial est depuis bien longtemps celui des fichiers Excel. Pour le moment…
La vie attend son heure. Rétive à tout ordonnancement artificiel, à tout alignement géométrique, elle n’a jamais cessé de battre au plus profond de nos cellules.
Sa spontanéité créative survivra aux process et aux algorithmes.
Quand on la pense matée, corsetée, régulée, bien ordonnée par les maquettes bien chartées d’architectes qui ne vivent pas dans les tours qu’ils dessinent, ou les froides modélisations d’ingénieurs qui vivront toujours à l’abri de leurs bombes, elle se montre toujours prompte au reset le plus impétueux hors des cadres, au jaillissement le plus débridé hors des patterns.
Parce que l’intelligence du vivant sera toujours infiniment supérieure à la plus aboutie de nos IA.
Pour l’heure, et jusqu’à nouvel… ordre.
En attendant l’éruption finale,
en espérant l’irruption vitale,
c’est : contrôle !
Contrôle copie !
Contrôle colle !
Contrôle zède !
Contrôle sève.
SR, Juin 2025, Nice






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