Pour rappel, nous avons la chance, la très grande chance, de recevoir Jean-Martin Fortier dans les Alpes-Maritimes pour une conférence et une masterclass les 30 et 31 prochains octobre à Mougins.
Faible technologie, respect des sols, haut rendement.
Telle est l’équation de cette méthode dite du « maraichage en bio-intensif ».
Formulation qui peut faire tiquer tant l’apparent oxymore est desservi par son ellipse.
Car il s’agit en fait de maraîchage bio-intensif… à petite échelle !
A rebours du maraîchage bio à grande échelle, tel qu’il se pratique notamment en Espagne, lequel repose en grande partie sur les mêmes structures de production et la même main d’œuvre précaire que l’agriculture intensive conventionnelle.
Ce « bio industriel » européen, pratiqué en Andalousie et dans la région de Murcie, qui transpose les dérives sociales du modèle classique sous le label biologique.
Comme aimait à le rappeler Pierre Rabhi, on peut tout à fait manger bio en exploitant son prochain.
Pour rappel, le label Bio européen n’intègre pas de critères sociaux ou de droits du travail dans son cahier des charges.
Ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout, l’approche de Jean-Martin Fortier.
Qui réactive surtout une méthode bien de chez nous.
Cocorico…
Cette « French method » formalisée par Moreau et Daverne en 1845 (La Culture maraîchère de Paris) a tout de même nourri près d’un million de Parisiens grande couronne du XIXème siècle. A cette époque, les « jardiniers-maraîchers » de Paris, qui formaient une caste dont le savoir se transmettait de génération en génération, cultivaient 1 378 hectares de terres, réparties en 1800 jardins de 7 650 m2 de superficie moyenne, et employaient 9000 personnes.

Jean-Martin Fortier ne fait pas mystère de cette inspiration alors que son ouvrage de référence s’intitule précisément « Le Jardinier maraîcher ».
Son projet, pour ceux qui en doutent, il le résume de cette punchline efficace : « Remplacer l’agriculture de masse par une masse d’agriculteurs ».
L’extrême efficacité de sa communication, notamment digitale, est inversement proportionnelle à sa prétention à être le détenteur d’une solution miracle : « notre prétention n’est pas de nourrir le monde, ce qu’on veut, c’est déjà nourrir notre communauté. »
Dans les Alpes-Maritimes, le maraichage occupe moins de 200 maraîchers aujourd’hui sur près de 300 hectares.
A comparer aux près de 4000 hectares des années 50, au sortir de la Seconde guerre mondiale. La Plaine du Var était alors appelée « Le jardin de Nice ». Une agriculture 100% locale qui nourrissait une grande partie de la population azuréenne et exportait même ses primeurs vers Paris.
Pour nourrir à nouveau en autonomie alimentaire, sur le modèle Moreau-Daverne, le gros million d’habitants de ce département, il faudrait pouvoir récupérer un millier d’hectares de terres cultivables.
Compliqué mais pas infaisable…
Mais resterait alors non seulement à trouver, mais aussi à loger, les 8000 à 9000 personnes travaillant ces terres (5 personnes par jardin dans le Paris de Moreau et Daverne).
Irréaliste sur cette terre de tourisme qui peine à loger ses travailleurs tous secteurs confondus.
Nul doute que la souveraineté alimentaire soit un vœu pieu dans les Alpes-Maritimes.
Reste peut-être a minima l’ambition de se recentrer sur des cultures de niche.
Reste aussi que l’ambition de Jean-Martin Fortier est surtout d’amorcer un chemin de transformation : « l’agriculture locale a le pouvoir de transformer la société, et je suis de ceux qui pensent que cette transformation est en cours. »
Voilà une belle et bonne raison de venir écouter ce jardinier-maraicher québécois qui pratique et essaime sa méthode depuis une vingtaine d’années autour de cette noble idée.
Plus de 10 000 personnes ont déjà bénéficié de ses formations dans 90 pays…
Le 30 octobre prochain, dans l’espace Scène55 de la ville de Mougins, il nous racontera Comment une petite ferme peut nourrir de grands rêves, dans une première partie, et nous parlera des Clés de la rentabilité en maraîchage dans un second temps.
Lui aussi a fait un rêve.
Lui aussi ne se paye pas de mots.
Stéphane Robinson
(Crédit photo de une : Institut Jardinier-Maraîcher)
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