Absence totale de désir.
Cette sensation, je la connais bien.
J’ai écrit un texte là-dessus, il y a quelque temps.
Desireless sans voyage.
Sensation. C’est le mot qui me vient, étrangement, pour une absence de désirs.
Sensation plutôt que sentiment.
Car cet état est exempt de toute couleur émotionnelle.
Je ne suis pas triste. Je ne suis pas amer. Je ne suis pas joyeux non plus. Ni déprimé ni enjoué.
Je n’ai juste aucune forme de désir.
Je suis là mais pas las.

J’aime nager. En eau libre comme on dit. Longtemps. J’y trouve un grand plaisir. J’y éprouve une détente profonde.
Je n’ai pas envie de nager.
C’est pourtant à portée de tram.
J’aime marcher. Longtemps. Plusieurs jours s’il le faut. Sur les chemins de montagne ou le long du littoral.
Je n’ai pas envie de marcher.
C’est pourtant à portée de GR.
J’aime méditer. Longtemps. Sur mon zafu, sur un banc ou sur une plage. En kesa ou en jean.
Je n’ai pas envie de méditer.
C’est pourtant à portée d’assise.

Quoi, conjoncturelle flemme estivale ?
Pas si simple.

Subsistent dans mes journées, des rituels et des routines quasi automatisées.
Les gammes de piano, les séances sous la fonte.
Aucun rapport avec le désir.
C’est un peu comme se laver les dents.
Il y a quelque chose d’aussi instinctif que bâtir des alvéoles pour une abeille-ouvrière.

Quoi, nirvanesque extinction des désirs ?
Faut pas rêver, non plus.

Bien que là-mais-pas-las, je ne suis pas non plus dans cet état de plénitude auquel on peut associer cette absence de désir qui n’est pas un dégoût, une hébétude, une lassitude profonde.
Pas las donc.
Mais bien là. Bien présent. Bien ici.
Ni bienheureux ni sous satori.
Mais bien là.

Il y a quelque chose de sec dans cet état.
Et cela peut facilement être imputé à la canicule actuelle qui pèse de tout son poids sur nos quotidiens depuis des semaines et des semaines.
Je n’ai même pas le désir d’écrire, contrairement aux apparences.
Disons que les mots sortent d’eux-mêmes, ici, avec le simple projet de laisser une trace d’un état singulier.
Journal de bord d’un navigateur immobilisé en pleine mer, totalement privé de la moindre brise pouvant le remettre en mouvement.

Je suis à l’arrêt.
Je stationne dans mon village sans projet.
Des vents nouveaux se remettront à souffler.
Tout passe.
Je serai là.
Je sais qu’ils gonfleront mes poumons de désirs neufs, ou juste revivifiés.
Je ne suis pas inquiet.
Je suis là.
Au calme.
Quand il sera temps de reprendre la barre, je reprendrai la barre.
Je ne suis pas pressé.
Je ne suis plus pressé.
C’est peut-être cela qui est nouveau, en fait, depuis que ce maître zen nous a fait écouter ce morceau d’Armstrong durant une sesshin.
Oui, cher Jacques, oui cher Louis : I have all the time in the world

J’observe cet état avec attention, et même curiosité.
Alors que je viens d’entrer dans la jeunesse de ma vieillesse.
Mon hypothétique vieillesse, Inch Allah.
J’observe cet état intérieur intrigant.
Pendant que le monde brûle, la consumation de mes désirs a tout desséché sauf mon attention. Sauf ma vigilance.
Absence totale de désirs en pleine attention.
En mer haute.

Dès que le vent soufflera…

2 réponses à « Dessication »

  1. Merci Stéphane … Mes amitiés 💛💚🧡

    Aimé par 1 personne

  2. Avatar de princesscyber4f44f22a2e
    princesscyber4f44f22a2e

    Dès que le vent soufflera…

    J’ai le vague à l’âme

    J’ai le sentiment las

    Tant de Mondes à changer

    Tant de douleurs à soulager

    Sous nos yeux se déroule le drame

    Mais l’énergie nous échappe

    Où trouver la force de changer de cap !?

    Aimé par 1 personne

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